Certaines personnes
arrivent par leur originalité, leur audace et leur travail, à
influencer la mode, la musique, à bousculer l'ordre
établit... Pour ce qui est de VIVIENNE WESTWOOD, on peut dire qu'elle
s'est inspiré un peu de tout , pour regurgiter à la manière
d'une éponge, un mélange de mode, de musique mais aussi de
politique, ce qui allait marquer la mode des années
70/80 et persister jusqu'à nos jours. Pourtant partie de
l'underground, elle est considérée aujourd'hui comme
une grande Dame de la mode, classée
dans le Top 6 des plus grands créateurs, Papesse de la mode
britannique. D'ailleurs pouvait-il en être autrement ? Née
d'un père fabricant de chaussures et d'une mère tisseuse de coton
le 16 avril 1941 (je n'arrive pas à croire qu'elle soit
plus vieille que ma mère !!!) . Ainée d'une famille de 3
enfants, elle grandit dans le culte Calviniste. Toute la famille
part s'installer à Londres lorsqu'elle à 16 ans et une fois ses
études dans la mode achevées, elle commence à travailler comme
enseignante dans des écoles maternelles. Personnalité déjà à part,
elle cultive déjà son propre look et fréquente assidument le
millieu de la nuit . C'est d'ailleurs dans un night-club
qu'elle rencontre son mari DERECK
WESTWOOD en 1962 et dont elle divorcera en
1966. Un an plus tard elle devient la compagne de
MALCOLM MC
LAREN ...


Si nul ne sait vraiment
à quel moment le punk rock est né (faut il considérer le
VELVET UNDERGROUND, IGGY POP
comme les véritables précurseurs ? l'apparition
des RAMONES ?). Tout le monde s'accorde,
dumoins dans sa version britannique, pour localiser le
départ de cette contre-culture au 430 de King's
Road, dans la boutique de
VIVIENNE WESTWOOD
& de son compagnon MALCOLM
MCLAREN. Car c'est bien là que tout a
commencé.



En 1971, MALCOLM
quittant tout juste Goldsmith Collège où il
étudiait le cinéma, rachète PARADISE GARAGE, une boutique de
vêtements en pleine banqueroute, avec VIVIENNE
& PATRICK CASEY. Provacateur,
engagé et situationniste, MALCOLM a toujours été
fasciné par le monde du Rock'n'Roll. Dans la boutique il n'y a pas
de gros travaux à faire. La devanture de tôle ondulée est
repeinte en noir, le nom de la boutique <<LET IT
ROCK>> recouvert de papier rose fluo et
dessiné en notes de musique . La partie arrière de la boutique
peinte en noir. McLAREN a dans l’idée (pas
tout à fait partagée par VIVIENNE) de faire de la
boutique quelque chose de plus qu’une simple boutique
consacrée à la vente La partie avant est l'endroit où l'on
traine. D'ailleurs, très vite
<<LET IT
ROCK>> va prendre une place importante sur le
marché de la musique ainsi que de la mode rock'n'roll et
devient rapidement le lieu
privilégié des Teddy Boys et des
Bikers.

«Les
Teds, selon Jon Savage, étaient les
fondamentalistes de cette religion qu’est la pop. La
meilleure preuve en était que beaucoup des clients du 430 étaient
des membres de cette société que McLaren et Westwood abhorraient :
ils n’étaient pas des marginaux authentiques mais des
échantillons extravagants et modérés d’une profonde lignée du
conservatisme anglais. Malgré leur apparence, les Teds étaient des
représentants de la classe laborieuse aussi bornés, aussi rigides
qu’on peut l’être : liés par un sentiment
d’appartenance à une même tribu, ils manifestaient une
hostilité violente envers quiconque était différent. Par contraste,
McLaren et Westwood s’engageaient aux côtés des minorités.
Les Teds étaient aussi “anglais” que les
“meatpies” et le racisme : McLaren et Westwood étaient
végétariens et n’auraient pas acheté d’oranges
sud-africaines pour tout l’or du monde.
»

VIVIENNE & MALCOLM comprennent très vite les
possibilités que la mode des Teddy et des
Bykers peut leur apporter. Entre fascination
morbide, sexualité et violence. Ils commencent par ajouter des
clous sur les blousons, des slogans sur les TShirts puis finissent
par coudre des fermetures éclairs sur les
Tshirts.

<<LET IT
ROCK>> devient <<TOO FAST TO LIVE, TOO YOUNG TO
DIE>> et adopte une tête de mort comme
sigle. MALCOLM se
débarrasse peu à peu de sa clientèle TEDDY BOYS au profit de celle des
BYKERS & des
ROCKERS. Après un
séjour à Paris puis à New-York,
McLAREN voit encore
plus grand, il veut que sa boutique soit un endroit très prisé. Il
ferme en 1974 pour effectuer quelques travaux. Le plancher va être
démonté et replacé sur les murs, Les murs vont être revouverts
jusqu'au plafond de matériau spongieu gris. Pour pour que la
boutique fasse plus <<art de rue>>, des slogans
fétichistes vont être griffonés. Slogans qui seront d'ailleurs
repris sur les Tshirts.

L'extérieur est remis au
goùt du jour, les fenêtres soulignées de matériau éponge abricot,
slogans sur le linteau. La décoration de la boutique impose aussi
un nouveau style de vêtements mettant l'accent cette fois sur le
corps. Après deux ans d'expérimentation, VIVIENNE trouve enfin son Style,
faisant de son manque d'expérience un atout majeur. Elle se
met à créer des Tshirt assez grossiers, juste deux carrés de tissus
cousus ensemble, avec des coutures laches et apparentes, ces
Tshirts deviennent vite sa marque de fabrique. Car à la
boutique on vend surtout des vêtements fétichistes en latex, vinyl,
cuir et toute la parfaite panoplie SM allant de pair, fouets,
cagoules, etc...

<<SEX>> était né. Tout
allait enfin pouvoir commencer avec l'arrivée de
STEVE JONES, un
habitué de la boutique qui avait coutume de harceler
MALCOLM afin
qu'il vienne le voir répéter avec son groupe. MALCOLM finit par
céder, découvre alors le groupe THE STRAND formé en 1973, avec
STEVE JONES chanteur,
WARWICK
NIGHTINGALE guitariste, et
PAUL COOK à la
batterie. Ils jouent des reprises de Rod Stewart
et des Small Faces... McLAREN a fait le déplacement
pour écouter un groupe jouant sur du matériel volé , n'ayant pas de
bassiste régulier, dont le chanteur oublie ses paroles, et dont la
maîtrise globale laisse à désirer. Malgré tout, McLAREN est conquis. Il leur
présente un jeune étudiant en art qui l’aide parfois à la
boutique, GLEN
MATLOCK, et qui deviendra le bassiste des
STRAND. C’est
parce qu’il sait que McLAREN s’y connaît en
musique & cultive pas mal de relations, que JONES s'est décidé un beau
jour à l’aborder pour lui parler de son
groupe. 

MALCOLM part pour
New-York où il tente de remettre
la carrière des NEW YORK
DOLL'S sur les rails. Mais en vain, le groupe
est en pleine défection et même en les transformant en garde rouge,
il ne peut en rien éviter l'éclatement du groupe. Il revient à
Londres et se met en tête de trouver quelqu'un qui représente bien
l'esprit de la boutique. C'est alors que PAMELA ROOKE surnommée
<<JORDAN>> fait son entrée dans la
boutique. Très tôt JORDAN, a décidé de transformer son corps
en oeuvre d'art. Elle devient
l'égérie de <<SEX>>. Son apparence sexy jusqu’à
l’outrance est l’exact reflet de ce que la boutique
propose. Collants en vinyl, corsets en latex, jarretelles et
maquillage exagéré. Certains la considèrent comme une sorte de
premier membre des PISTOLS ...


McLAREN, à qui le voyage à New-York a donné pas mal
d'idées, décide de se mettre en quête d'un chanteur pour
THE STRAND, après
avoir convaincu STEVE
JONES & PAUL
COOK d'éjecter NIGHTINGALE
en route, car celui-ci a une autre conception du
groupe .Les NEW YORK DOLLS, TELEVISION et
autres RAMONES
que McLAREN a
pu voir à New York l’ont convaincu que la technique musicale
n’est plus à l’ordre du jour. Le choix de
McLAREN va donc se
porter sur un excentrique client de la boutique. La suite tout le
monde la connait, JOHN
LYDON surnommé ROTTEN deviendra chanteur du groupe qui
sera renommé SEX
PISTOLS en 1975.


Car parler du 430 King's Road c'est inévitablement
parler de la rencontre des SEX
PISTOLS. Lors de leurs apparitions, les
PISTOLS feront la
promotion involontaire des vêtements de VIVIENNE WESTWOOD, en particulier les
TShirts à motifs pornos, (les cow boys gays posant devant un
dancing sans pantalon, porté par ROTTEN au concert de San Antonio
et Dallas en janvier 78). Le TShirt montrant une paire de
seins imprimé sera porté fréquemment par STEVE JONES ou
SIOUXSIE . SID VICIOUS , en bonne
fashion victime, portera beaucoup de TShirts de
<<SEX>> dont le célèbre
TShirt rouge avec une croix gammée.


Le Tshirt montrant une photo de la
cagoule de latex porté par le violeur de Cambrige encore en
activité à l'époque, valut à un employé de
<<SEX>>, une arrestation et des
poursuites avec la confiscation d'une série d'articles.
McLAREN & WESTWOOD s'en tirèrent d'ailleurs
avec une contravention. Qui aurait pu s'imaginer quelques
temps plus tôt porter les pantalons <<bondage>> de
VIVIENNE, entravant
les genoux avec un sangle, et pourtant ils finirent par
littéralement s'arracher (les clients ainsi vêtus devaient
sautiller pour pouvoir avancer !!!), comme la majorité des articles
d'ailleurs ! Croix Gammées, look Destroy et les
graphisme de JAMIE
REID seront ainsi assimilés aux créations de
VIVIENNE pour constituer cette
sorte d'art global ...


Grâce au SEX
PISTOLS beaucoup de choses vont se vendre à la
boutique, qui compte dans les rangs de ses vendeurs CHRISSIE HYNDE, SID VICIOUS ou GLEN MATLOCK. Le
stratagème de MALCOM
McLAREN a fonctionné. La boutique bénéficie grâce
au groupe d'une bonne publicité, et une publicité qui
finalement n'a pas couté grand chose à la boutique. Au
cours de l’été 1977, le scandale général créé par le mouvment
Punk atteint des sommets
lorsque les SEX PISTOLS, MALCOLM &
VIVIENNE participent aux célébrations du
jubilé de la Reine avec un concert improvisé sur la Tamise en
présence des plus grands journalistes musicaux du pays.


Le succès dès sa sortie du titre ‘GOD SAVE THE
QUEEN pourtant censuré marque l'apogée du mouvement
Punk et un véritable tournant dans l'histoire du rock 'n'roll.
Aujourd’hui encore, la culture Punk reste une référence pour la
jeunesse et pour la culture rock. Le style Punk s'est répandu comme une trainé
de poudre faisant de VIVIENNE
WESTWOOD la grande représentante du style
underground.

Car au delà du style, cette façon de se vêtir allait
inciter les jeunes à se fabriquer un look, car qui ne peut pas
dessiner des logos sur son TShirt, décorer son panatalon avec des
épingles à nourrices, DO IT
YOURSELF était d'ailleurs un des
principes du mouvement PUNK. Cultivant la provocation
jusqu'à l'extrême, elle imprimera même des TShirts à l'effigie de
SID VICIOUS, juste
après que celui-ci ait été accusé du meurtre de sa petite amie
NANCY SPUNGEN :
<<Elle est morte mais je suis vivant>>
!

Dans les années 80, «SEX» devient <<SEDITIONARIES>> puis
«WORLD'S
END» jusqu'à aujourd'hui encore. VIVIENNE WESTWOOD imagine
sa collection <<PIRATE>> qu’elle présente
lors de la Fashion Week
Londonienne de mars 1981. Son style évolue mais
reste toujours extravagant. Elle s’intéresse à des domaines
aussi variés que la jeunesse, la culture urbaine, la tradition ou
l’histoire. Tout comme JEAN
PAUL GAULTIER, la créatrice est surnommée
«l’enfant terrible de la mode ».

Le couple que formait VIVIENNE WESTWOOD &
MALCOLM McLAREN se
sépare en 1983. Chacun continuera ses activités de son côté.
WORLD'S END appartient toujours à
VIVIENNE encore
aujourd'hui, mais parallèlement d'autres boutiques
VIVIENNE
WESTWOOD verront le jour dans toutes les
grandes capitales. En 1992 elle signe la création des
costumes de l'OPERA DE
QUAT'SOUS à VIENNE.


En 2004-2005, une
rétrospective de ses trentes années de carrière est organisé au
VICTORIA & ALBERT
MUSEUM , cette exposition a fait le tour
du monde. En Mai 2008, elle participe au film
<<SEX & THE
CITY>>, signant la robe de mariée de
l'héroïne du film, ce qui change radicalement du style habituel de
la créatrice .

Récemment elle crée une vive
réaction (une fois de plus) dans le milieu de la mode avec le choix
de PAMELA
ANDERSON comme égérie pour la collection Printemps/Eté
2009. C'est une bonne idée de voir quelqu'un comme
PAMELA ANDERSON, cela
montre une autre forme de beauté que celle les mannequins
très (parfois trop) minces qui défilent d'ordinaire. Elle
n'est pas sans rappeler la plantureuse JORDAN, première égérie de
<<SEX>>. D'ailleurs,
SIOUXSIE, une vieille
connaissance de VIVIENNE se trouvait à la Fashion Week de Londres
2009.


Un biopic sur la vie de
VIVIENNE WESTWOOD
serait en préparation. KATE
WINSLET devrait interpréter le rôle de la
créatrice. J'apprécie le choix de VIVIENNE WESTWOOD de ne pas utiliser de
fourrures pour ses créations, car peu à peu la fourrure est revenue
à la une des vitrines et s'est complètement démocratisée
ce qui implique des conditions encore plus atroçes pour
les animaux à fourrures. Porter des fourrures n'est pas un
besoin essentiel à notre bien être, on pourrait s'en passer
facilement.

Que peut on retenir après l'anniversaire des 30 ans du
punk. Les SEX
PISTOLS n'existent plus depuis près de 30
ans, JOE STRUMMER est
mort. Il n'y a plus qu'un seul membre des
RAMONES encore
vivant, le rock alternatif après avoir connu son heure de gloire en
France s' est épuisé. L'attitude que pronait les artistes
punks et post-punks a vite été anéantie par la génération
MTV et par le pouvoir des billets
verts. A l'heure où nos libertés individuelles régressent
comme une peau de chagrin, de nouveaux groupes fortement
inspirés par les RAMONES ou les CLASH ont émergés donnant naissance
à une sorte de revival, comme GREENDAY ou OFFSPRING. Pourtant ce qui revient le
plus souvent, ce sont les articles que
VIVIENNE avait créé
au fin fond de sa boutique. Périodiquement on voit apparaitre dans
les vitrines chics & moins chics, jupes et pantalons écossais,
des zips , des têtes de morts, ses créations survivront
longtemps après elle, car la mode est un éternel recommencement et
le punk n'aurait surement pas été le même mouvement si VIVIENNE WESTWOOD n'y avait pas
mis son anticonformisme et sa personnalité
anti-etablishment....




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